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	<title>Dispatch/Box &#187; Traduction</title>
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	<description>“Non cogitant, ergo non sunt&#34; (Lichtenberg)</description>
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		<title>14 Ulica Próżna</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Sep 2011 16:41:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jeremy Jeanguenin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<a href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2011/09/04/14-ulica-prozna/"><img align="right" hspace="5" width="50" height="50" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/DSC02399-150x150.jpg" class="alignright wp-post-image tfe" alt="" title="Ulica Próżna" /></a>Pour Monika Próchniewicz. Ce qui va suivre est un témoignage du &#171;&#160;Camarade&#160;&#187; Bernard Goldstein (1889-1959). Le Camarade Bernard prit part à l&#8217;insurrection du Ghetto de Varsovie, en tant que figure éminente du Bund (Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie). Le Bund était une organisation sociale-démocrate, juive antisioniste, opposée au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Pour <a href="http://retors.net/spip.php?auteur10">Monika Próchniewicz</a>.</em></p>
<p>Ce qui va suivre est un témoignage du &laquo;&nbsp;Camarade&nbsp;&raquo; Bernard Goldstein (1889-1959). Le Camarade Bernard prit part à l&#8217;insurrection du Ghetto de Varsovie, en tant que figure éminente du Bund (Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie). Le Bund était une organisation sociale-démocrate, juive antisioniste, opposée au bolchévisme. Elle prônait une culture juive diasporique, avec pour langue le yiddish (<em>yiddish daytsh</em>, forme de <em>Hochdeutsch</em> enrichi d&#8217;apports hébreux et slaves).  Comme son frère d&#8217;armes et ami Marek Edelman (1919-2009), autre figure majeure de l&#8217;insurrection du Ghetto de Varsovie et de la résistance à la barbarie nazie, de cachette en cachette, de cave en grenier, Bernard Goldstein parvint à s&#8217;échapper de l&#8217;extermination du Ghetto en 1943 pour survivre en zone aryenne. Il put par la suite prendre part à l&#8217;insurrection de Varsovie, en 1944.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.dispatchbox.org/wp-content/DSC02399.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-2044" title="Ulica Próżna" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/DSC02399-1024x768.jpg" alt="" width="574" height="430" /></a></p>
<p>J&#8217;ai choisi de citer une extrait de cette lecture, comme faisant écho direct à la photographie de l&#8217;entrée du bâtiment du numéro 14 Ulica Próżna, au centre de Varsovie que j&#8217;ai réalisée le 16 août 2011.</p>
<p>Le texte a fait l&#8217;objet d&#8217;une première traduction par E. Dal, jugée trop littérale ; elle fut remaniée par Viviane Clerck Ayguesparse. Le titre original en yiddish est <em>Finf yor in Varshever Geto</em>, paru en 1947 à New York.</p>
<p>Vous pouvez consulter le texte librement sur le <a href="http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=81">site internet des éditions Zones</a>.</p>
<p><cite title="Bernard Goldstein, Ultime Combat">Zygmunt Igla était un jeune bundiste membre du syndicat des employés de commerce de Varsovie. Pendant toute l’occupation il avait milité dans notre organisation de résistance. C’était un garçon de haute taille, large d’épaules, présentant l’aspect d’un pur Polonais. Il était d’un courage étonnant. La nuit comme le jour, il ne se séparait jamais de son revolver chargé.</cite></p>
<p><cite title="Bernard Goldstein, Ultime Combat"> </cite></p>
<p><cite title="Bernard Goldstein, Ultime Combat">« Ils ne me prendront pas vivant », avait-il coutume d’affirmer.</cite></p>
<p><cite title="Bernard Goldstein, Ultime Combat"> </cite></p>
<p><cite title="Bernard Goldstein, Ultime Combat">Pendant le soulèvement du ghetto, Igla se battit vaillamment. Il réussit à s’évader et à gagner la forêt de Wyszkow. Il vint à Varsovie à plusieurs reprises pour chercher de l’argent et des instructions. Puis il s’installa rue Sliska. Au bout de peu de temps, il dut changer de résidence car des dénonciateurs l’avaient découvert. Il se rendit chez Jablonski, gardien de l’immeuble du n° 14 de la rue Prozna, un de nos hommes de confiance. Il nous avait procuré des logements et, en cas d’urgence, il cachait des amis chez lui pour la durée d’une nuit. Son domicile était l’un des points de rencontre de notre organisation de résistance. Il nous avait aussi beaucoup aidés à trouver des armes pour le soulèvement. Marysia Feinmesser assurait la liaison entre lui et nous.</cite></p>
<p><cite title="Bernard Goldstein, Ultime Combat"> </cite></p>
<p><cite title="Bernard Goldstein, Ultime Combat">Deux jours après qu’Igla se fut réfugié chez Jablonski, des gendarmes assiégèrent l’immeuble. Outre Igla, un camarade et une camarade de l’association Hashomer s’y terraient. Tous trois se barricadèrent et ouvrirent le feu sur les assaillants. La bataille dura plusieurs heures. Les gendarmes durent demander des renforts qui arrivèrent en auto blindée. Les soldats, appuyés par des mitrailleuses attaquèrent à coups de grenades. Nos trois héros résistèrent aussi longtemps qu’ils le purent. Ils périrent courageusement faute de munitions, non sans avoir blessé de nombreux Allemands.</cite></p>
<p><cite title="Bernard Goldstein, Ultime Combat"> </cite></p>
<p><cite title="Bernard Goldstein, Ultime Combat">Au moment du combat, Jablonski ne se trouvait pas chez lui ; mais il fut arrêté un peu plus tard. On le tortura, il ne parla pas. Il connaissait pourtant de nombreuses adresses de Juifs fugitifs.</cite></p>
<p>GOLDSTEIN, Bernard, <em>L&#8217;Ultime Combat : nos années au ghetto de Varsovie</em>, Zones. Paris, 2008, p.204-05.</p>
<p>© Pour la traduction : Éditions La Découverte, 2007. Zones est un label des Éditions La Découverte.</p>
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		<title>John Lennon, délires réédités (2)</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Oct 2010 21:40:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jeremy Jeanguenin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<a href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2010/10/22/john-lennon-delires-reedites-2/"><img align="right" hspace="5" width="50" height="50" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/859232330_L-150x150.jpg" class="alignright wp-post-image tfe" alt="" title="859232330_L" /></a>Je reviens sur En flagrant délire de John Lennon, pour présenter les premières de couverture des éditions de 1965 et 1970, qui portent une mention particulière quant au problème posé par la traduction. Outre l&#8217;intérêt graphique des couvertures, la mention varie avec quelque fantaisie. Alors que la première (1965, Robert Laffont) porte en couverture &#171;&#160;Tentative [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je reviens sur <em>En flagrant délire</em> de John Lennon, pour présenter les premières de couverture des éditions de 1965 et 1970, qui portent une mention particulière quant au problème posé par la traduction. Outre l&#8217;intérêt graphique des couvertures, la mention varie avec quelque fantaisie.</p>
<p>Alors que la première (1965, Robert Laffont) porte en couverture &laquo;&nbsp;Tentative de traduction par Rachel Mizrahi et Christiane Rochefort&nbsp;&raquo;, le seconde (1970, Robert Laffont) indique, plus modestement peut-être, &laquo;&nbsp;Tentative désespérée de traduction par Rachel Mizrahi et Christiane Rochefort&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Quel dommage de ne pas avoir continué de jouer de cet élément de sens dans l&#8217;organisation sémiotique de la couverture !!</p>
<p><a href="http://www.dispatchbox.org/wp-content/859232330_L.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1825" title="859232330_L" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/859232330_L.jpg" alt="" width="500" height="500" /></a></p>
<p><a href="http://www.dispatchbox.org/wp-content/25095230_L.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1826" title="25095230_L" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/25095230_L.jpg" alt="" width="500" height="500" /></a></p>
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		<title>John Lennon, délires réédités</title>
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		<pubDate>Tue, 19 Oct 2010 12:13:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jeremy Jeanguenin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<a href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2010/10/19/john-lennon-delires-reedites/"><img align="right" hspace="5" width="50" height="50" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/868340979_L-150x150.jpg" class="alignright wp-post-image tfe" alt="" title="Lennon_en flagrant délire" /></a>En flagrant délire, recueil de textes et dessins de John Lennon, reparaît dans une nouvelle maquette en poche dans la collection &#171;&#160;Pavillons poche&#160;&#187; chez Robert Laffont. La traduction est de Christiane Rochefort et Rachel Mizrahi. Évidemment le galimatias facétieux de Lennon (une sorte de langue de j&#8217;expire) leur a donné du fil à retordre aux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><a href="http://www.dispatchbox.org/wp-content/868340979_L.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1819" title="Lennon_en flagrant délire" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/868340979_L.jpg" alt="" width="500" height="500" /></a></em></p>
<p><em>En flagrant délire</em>, recueil de textes et dessins de John Lennon, reparaît dans une nouvelle maquette en poche dans la collection &laquo;&nbsp;Pavillons poche&nbsp;&raquo; chez Robert Laffont. La traduction est de Christiane Rochefort et Rachel Mizrahi. Évidemment le galimatias facétieux de Lennon (une sorte de <em>langue de j&#8217;expire</em>) leur a donné du fil à retordre aux traductrices (à côté, <em>I am the Walrus</em> est d&#8217;une simplicité enfantine – quoi que je déteste prendre les enfants pour ce qu&#8217;ils ne sont pas, des idiots). Un grief tout de même par rapport à la richesse poétique, on aurait souhaité avoir le texte original en regard !</p>
<p>Un petit extrait que j&#8217;ai choisi pour Dispatch/Box et qui ne démériterait pas à figurer dans une anthologie de l&#8217;humour noir&#8230;</p>
<p>(Page 78 de l&#8217;édition présente)</p>
<p><strong><cite>Une Surprise pour Petit Bobby</cite></strong></p>
<p><cite>C&#8217;était aujourd&#8217;hui la date de naissance du petit Bobby et il a eu une surprise. Son tout premier poing avait été abrégé (la Guerre) et il a reçu un crochet d&#8217;anniversaire.</cite></p>
<p><cite>Toute sa vie Bobby a désiré son propre crochet à lui ; et maintenant à son 39</cite><cite><sup>e</sup></cite><cite> anniversaire ses prières ont été accordées. Le seul ennui c&#8217;est qu&#8217;ils lui ont envoyé un crochet gauche alors que d&#8217;aucun n&#8217;ignore pas que c&#8217;était le droit de Bobby qui avait été abrogé.</cite></p>
<p><cite>Que faire n&#8217;était pas ze seul problème : en tout état de cause il retrancha son ultime poing et ça collait comme un gant. Qui sait, l&#8217;an prochain il aura peut-être le droit.</cite></p>
<p>– John Lennon</p>
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		<title>Astral Weeks vu par Lester Bangs</title>
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		<pubDate>Wed, 24 Feb 2010 23:17:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jeremy Jeanguenin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<a href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2010/02/24/astral-weeks-vu-par-lester-bangs/"><img align="right" hspace="5" width="50" height="50" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/10946535-150x150.jpg" class="alignright wp-post-image tfe" alt="" title="Astral Weeks, 1968" /></a>Lester Bangs (1948-1982), initiateur de la mouvance critique du « journalisme Gonzo », fut saisi, dans ses moments d’égarements et d’excès en tout genre qui laissent augurer sa mort si précoce, et dit ne jamais s’être remis d’Astral Weeks ; partant, il le considérait comme le disque ayant eu le plus d’importance dans sa courte vie. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.dispatchbox.org/wp-content/10946535.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1508" title="Astral Weeks, 1968" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/10946535.jpg" alt="" width="600" height="600" /></a></p>
<p>Lester Bangs (1948-1982), initiateur de la mouvance critique du « journalisme Gonzo », fut saisi, dans ses moments d’égarements et d’excès en tout genre qui laissent augurer sa mort si précoce, et dit ne jamais s’être remis d’<em>Astral Weeks </em>; partant, il le considérait comme le disque ayant eu le plus d’importance dans sa courte vie. Dans ce passage, extrait de <em>Stranded</em> (1979) – dernière période de sa vie – Lester Bangs affronte la question de la signification et de l’impact d’une poétique mystique qui marquent cet opus visionnaire de Van Morrison. Au piège de sa propre tentative d’élucidation, probablement.</p>
<p>Au final, peu importe de saisir le signifié : la tension entre illusion réaliste (Sainte-Beuve est toujours dans l’impasse ici) et une thématique prégnante dans l’œuvre de Morrison dans sa totalité, celle d’une esthétique de la <em>vision<a href="#_ftn1">[1]</a></em> illumine ce disque. Inutile d’appliquer ici quelconque théorie sémiotique, l’effet surnaturel balayant tout d’un revers.</p>
<p>Une occasion de redécouvrir cet opus à la fois puissant et lénifiant, dominé par une ambiance acoustique (a-t-on jamais entendu un disque folk/rock sonner de manière aussi sublime par une orchestration traditionnelle ?) où la contrebasse mène le bal mystique. On soulignera que deux des musiciens présents sont rodés au jazz (Jay Berliner et Connie Kay), apportant la virtuosité remarquable mais jamais vaniteuse aux variations libres d’<em>Astral Weeks</em>. Fait étonnant, <em>Astral Weeks</em>, sorti en novembre 1968, n’a pas suscité de soudain engouement et ses ventes sont toujours restées modestes.  Et ce n’est certainement pas ce qui nous retiendra de l’écouter…</p>
<p>On retrouvera l&#8217;article original à cette <a href="http://www.maths.dundee.ac.uk/~sanderso/music/astralrev.html">adresse</a>. L&#8217;album est <a href="http://open.spotify.com/album/3gHpxykMceAeKv8vVJosnG">écoutable en streaming sur Spotify</a>.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Lester Bangs</strong></p>
<p style="text-align: center;"><em><strong>Astral Weeks</strong></em></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="font-size: x-small;">(Traduction de Jean-Paul Mourlon, in </span></strong><em><strong><span style="font-size: x-small;">Pyschotic Reactions  &amp; autres carburateurs flingués</span></strong></em><strong><span style="font-size: x-small;">, © 2005 Tristram)</span></strong></p>
<p>Vous vous demandez probablement quand je vais me mettre à vous parler d’<em>Astral Weeks</em>. À dire vrai, il y a beaucoup de choses dedans dont je ne souhaite pas vous parler du tout. À la fois parce que, que vous l’ayez entendu ou non, il ne serait pas juste que je vous impose mon interprétation d’une imagerie à la subjectivité aussi lapidaire, et parce que, dans bien des cas, je ne sais pas de quoi Morrison parle. Lui non plus, d’ailleurs : « Je ne suis pas surpris que les gens tirent des significations différentes de mes chansons, a-t-il dit à un interviewer de <em>Rolling Stone</em>. Mais je ne veux pas donner l’impression que je sais ce que tout ça veut dire, parce que ce n’est pas le cas… Il y a des moments où je suis perplexe. J’examine certains trucs qui viennent, voyez. Et par exemple il y a ça et ça a l’air d’aller, mais je ne suis pas sûr de ce que cela signifie. »</p>
<p><em>There you go</em></p>
<p><em>Starin’ with a look of avarice</em></p>
<p><em>Talkin’ to Huddie Ledbetter</em></p>
<p><em>Showin’ pictures on the walls</em></p>
<p><em>And whisperin’ in the halls</em></p>
<p><em>And pointin’ a finger at me.</em></p>
<p>Je n’ai pas la moindre idée de ce que ça « veut dire », bien qu’à un certain niveau  j’aimerais aborder ce texte d’une manière aussi indirecte  et aussi évocatrice que les paroles elles-mêmes. De toute façon, vous courez aux ennuis dès que vous vous asseyez pour expliquer exactement ce que <em>signifie</em> un document mystique, ce qu’est exactement <em>Astral Weeks</em>. Pour commencer, il signifie le jeu de basse de Richard Davies, qui accompagne les chansons et le chant tout du long avec un lyrisme qui n’est pas simple grand talent de musicien : il comporte quelque chose de plus  qu’inspiré, ému, on pénètre là dans le royaume du miraculeux. Tout l’ensemble, – la section de cordes de Larry Fallon, la guitare de Jay Berliner (il a joué sur le Black Saint and the Sinner Lady, de Mingus), la batterie  de Connie Kay – est de ce tonneau : eux et Van sonnent comme si non seulement ils lisaient mutuellement leurs pensées, mais que de surcroît ils y habitaient. Les faits sont peut-être différents. À l’époque, John Cale  faisait un album dans le studio voisin, et  raconte :  «  Morrison ne pouvait travailler avec personne, alors finalement ils l’ont enfermé tout seul dans le studio. Il a enregistré toutes les chansons avec une simple guitare sèche, et plus tard ils ont fait des overdubs sur tout le reste de la bande. »</p>
<p>Le récit de Cale peut être vrai ou non – mais de toute façon, les faits ne nous seront d’aucune utilité ici. Fait : Van Morrison avait vingt-deux ans – ou vingt trois – quand il a enregistré ce disque ; il y a des vies entières derrière. <em>Astral Weeks</em> ne parle pas de faits, mais de vérités. <em>Astral Weeks</em> pour autant qu’on puisse le définir, est un album qui parle de gens assommés par la vie, complètement écrasés, enfermés dans leur peau, leur âge et leur moi, paralysés par l’énormité de ce qu’ils peuvent comprendre en un instant visionnaire. C’est un don terrible et précieux, né d’une atroce vérité, parce que ce qu’ils voient est à la fois infiniment beau et horrifiant au possible : la capacité  humaine infinie de créer ou de détruire, selon le caprice. Ce n’est pas de la mystique orientale, ni une vision psychédélique ; encore moins une perception baudelairienne de la beauté du sordide ou du grotesque. Peut-être cela se réduit-il à la découverte momentanée du miracle de la vie, avec son concomitant inévitable, un aperçu vertigineux de la capacité à souffrir, et d’infliger cette souffrance.</p>
<hr size="1" />
<p><a href="#_ftnref1">[1]</a> [note de l'auteur du billet] À ce propos, le titre de l’album de 1982– année du décès de Bangs –, <em>Beautiful Vision</em>, est évocateur. Un excès de visions qui le mène à cette époque à se convertir à la scientologie, le livret exprimant une reconnaissance à l’endroit de Ron Hubbard, son fondateur.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Boris-Vernon</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Dec 2009 20:25:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jeremy Jeanguenin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<a href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2009/12/28/joyeuses-fetes/"><img align="right" hspace="5" width="50" height="50" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/Affreux-150x150.jpg" class="alignright wp-post-image tfe" alt="" title="Affreux Vian" /></a>Et on tuera tous les affreux, de Vernon Sullivan (pseudonyme de Boris Vian, ici prétendument traducteur), 1948 aux Éditions du Scorpion.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Et on tuera tous les affreux</em>, de Vernon Sullivan (pseudonyme de Boris Vian, ici prétendument traducteur), 1948 aux Éditions du Scorpion.</p>
<p><a style="text-decoration: none;" href="http://www.dispatchbox.org/wp-content/Affreux.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1414" title="Affreux Vian" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/Affreux.jpg" alt="" width="257" height="399" /></a></p>
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		<title>Le chat au négatif, par Kenzaburō Ōe</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Oct 2009 20:42:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jeremy Jeanguenin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<a href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2009/10/04/le-chat-au-negatif-par-kenzaburo-oe/"><img align="right" hspace="5" width="50" height="50" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/sadanobu_cat_black_2-150x150.jpg" class="alignright wp-post-image tfe" alt="Chat noir par Sadanobu, École d" title="Chat_sadanobu" /></a>J&#8217;aime beaucoup cette idée de réunir sur ce blog quelques extraits sur les chats en littérature. Cette fois, il ne s&#8217;agit pas exactement d&#8217;un hommage passionné, dévoué, obséquieux (Baudelaire, Champfleury), encore moins mièvre. C&#8217;est dans la nouvelle Seventeen (voyez ici la référence très explicite aux dix-sept ans sous les tilleuls d&#8217;Arthur Rimbaud) du japonais Kenzaburō [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_1190" class="wp-caption aligncenter" style="width: 232px"><a rel="attachment wp-att-1190" href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2009/10/04/le-chat-au-negatif-par-kenzaburo-oe/sadanobu_cat_black_2/"><img class="size-medium wp-image-1190" title="Chat_sadanobu" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/sadanobu_cat_black_2-222x300.jpg" alt="Chat noir par Sadanobu, École d'Osaka (XIXe siècle)" width="222" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Chat noir par Sadanobu, École d&#39;Osaka (XIXe siècle)</p></div>
<p>J&#8217;aime beaucoup cette idée de réunir sur ce blog quelques extraits sur les chats en littérature. Cette fois, il ne s&#8217;agit pas exactement d&#8217;un hommage passionné, dévoué, obséquieux (Baudelaire, Champfleury), encore moins mièvre.</p>
<p>C&#8217;est dans la nouvelle <em>Seventeen</em> (voyez ici la référence très explicite aux dix-sept ans sous les tilleuls d&#8217;Arthur Rimbaud) du japonais Kenzaburō Ōe (né en 1935 sur l&#8217;Île de Shikoku) que le chat nous est présenté sous un abord somme toute dévaluant pour le félin accoutumé aux mœurs quotidienne de l&#8217;humain,  le faisant passer pour un animal fourbe, sinon sournois, pour terminer un peu plus en nuance. La nouvelle fait partie d&#8217;un choix de trois textes réunis sous le nom de la première : <em>Le Faste des morts</em> (Gallimard, 2005). Ce sont des textes extrêmement puissants, vifs, sans compassion quand il s&#8217;agit de mettre en scène la cruauté. Le style est sec, incisif, du moins le rendu de la traduction française fait-il cet effet. Kenzaburō Ōe nourrit son écriture des écrivains américains et français (il a étudié un temps le français) qu&#8217;il a lu et admiré (Twain, Rimbaud, Sartre, et surtout Céline qu&#8217;il vénère). Ici, les trois nouvelles ont pour contexte un Japon à la tentation, en ces années troubles, de l&#8217;extrême-droite. Ōe dépeint cet univers sordide, à travers des lieux à l&#8217;atmosphère aussi suffocante que délétère : une morgue universitaire, une prison de jeunes gens, des meetings truqués de leaders impérialistes (dans l&#8217;ordre de ces trois nouvelles).</p>
<p>Le chat dont il est question n&#8217;a rien du doux félin au corps élastique, il est plutôt l&#8217;incarnation de la répulsion, de l&#8217;effroi, buvant la salive humaine comme une bête immonde, lacérant, finissant sa métamorphose en requin-tigre. Il s&#8217;agit d&#8217;une métaphore avec l&#8217;adolescent narrateur, qui, perdu, violent à ses heures, frustré en quête de virilité, développe une sensibilité progressive au discours impérialiste du hurleur Sakakibara, perforant sa &laquo;&nbsp;cuirasse caractérielle&nbsp;&raquo; pour reprendre le concept de Wilhelm Reich (p.38 de la <em>Psychologie de masse du fascisme</em>, éd. Petite Bibliothèque Payot), qu&#8217;il se constitue en réponse à cette même frustration et humiliation génitale, pour déployer cette &laquo;&nbsp;peste émotionnelle&nbsp;&raquo; des origines à travers l&#8217;adhésion à un mouvement politique oppressif et destructeur.</p>
<h6>Extrait (p. 121-122 de l&#8217;édition française, traduction de Ryôji Nakamura et René de Ceccatty) :</h6>
<p><span style="font-family: 'book antiqua', palatino;"><cite title="Seventeen"><span style="font-family: helvetica;">De manière imperceptible mais sûre, un être me faisait signe hors de l&#8217;appentis. Je l&#8217;avais oublié. Je soulevai le buste et j&#8217;ouvris la fenêtre arrondie comme un hublot de bateau, près de mon lit. Avec un calme souverain, il descendit sur ma couchette de cabine et en ronronnant, il fit le dos rond sur la couverture dont j&#8217;avais enveloppé mes jambes : c&#8217;est Bandit ! C&#8217;est un chat de gouttière qui ravage tout le quartier. Mes parents sont radins, le genre de personne à avoir des frissons à l&#8217;idée de devoir sacrifier leur part de nourriture à un animal domestique. C&#8217;est pourquoi je ne peux avoir qu&#8217;un animal domestique qu&#8217;on n&#8217;a pas besoin de nourrir. L&#8217;année dernière, j&#8217;élevais, dans un bocal, une colonie d&#8217;une cinquantaine de fourmis, mais elles n&#8217;ont pas pu passer l&#8217;hiver. Seul m&#8217;est resté ce bocal rempli d&#8217;une terre forée d&#8217;un labyrinthe étonnement tridimensionnel. J&#8217;en ai été triste à pleurer. C&#8217;est après que je me suis mis à apprivoiser Bandit. Bandit est un mâle, tigré, extrêmement grand, un chat de gouttière, autrement dit qu&#8217;on n&#8217;a pas à nourrir. Il se contente de rentrer la nuit pour dormir. Comme il est réapparu au moment où j&#8217;étais plongé dans mes pensées, je m&#8217;en suis retrouvé tout bouleversé. J&#8217;ai fait un bruit de lèvres pour l&#8217;attirer. Bandit redressa lentement son corps sur la couverture qui enveloppait mes jambes pour venir boire ma salive. Il était le seul à fêter mon dix-septième anniversaire, me suis-je dit sentimentalement, et j&#8217;ai abondamment salivé pour désaltérer Bandit. Pourtant Bandit était un malfrat plus canaille qu&#8217;Al Capone. Je n&#8217;avais vraiment pas à être sentimental. Alors même qu&#8217;il buvait ma salive, il se maintenait en équilibre, en enfonçant presque ses griffes dans ma poitrine à travers la couverture. C&#8217;était pour être prêt à s&#8217;enfuir à tout moment. Je n&#8217;ai jamais pris Bandit dans mes bras. Je me suis toujours contenté de le laisser s&#8217;approcher de ma poitrine ou de mes genoux. Quand il miaulait en ronronnant les yeux fermés et faisant frétiller son petit museau humide, avec ses minauderies de belle femme, à peine mes doigts frôlaient-ils son tronc, qu&#8217;il se crispait avec rage et s&#8217;enfuyait. Bandit n&#8217;aime pas être contraint. Je le savais, mais quand ma salive se fut épuisée et que ma gorge eut commencé à se dessécher, j&#8217;eus, quand je vis Bandit repartir vers l&#8217;autre extrémité de la couverture, le sentiment intolérable de sombrer dans un abîme de solitude. Tandis que le corps énorme et tigré de Bandit se détachait de ma poitrine avec  un calme souverain, j&#8217;ai cherché à le rattraper dans mes bras. Mais soudain, mes mains ont effleuré Bandit avec  l&#8217;intensité d&#8217;une étincelle qui jaillit d&#8217;une caténaire. J&#8217;ai léché la paume de ma main, lacérée par les griffes de Bandit, pour y reconnaître le goût du sang. D&#8217;un coup de tête, il repoussa le rideau du hublot et s&#8217;enfuit en se jetant dans l&#8217;océan déchaîné, se métamorphosant en requin tigré. La plaie me brûlait, mais loin d&#8217;en être agacé, j&#8217;étais admiratif : quelle incroyable canaille ! Il était sauvage, c&#8217;était l&#8217;incarnation du mal, il n&#8217;avait ni pudeur ni gratitude, c&#8217;était une bombe, un loup solitaire, il ne faisait confiance à personne, ce qu&#8217;il convoitait, il le voilait, et pourtant, il était royal et forçait mon respect. Il était beau comme une solide architecture et souple comme du caoutchouc, lorsqu&#8217;il marchait dans l&#8217;obscurité en quête de ses proies. Chaque fois qu&#8217;il me fixait, j&#8217;étais paralysé, culpabilisé, rougissant. Pourquoi son corps ne présentait-il aucun défaut ? Il m&#8217;était arrivé d&#8217;avoir un haut-le-cœur en le surprenant, dans un coin secret, en train de dévorer un chat blanc qu&#8217;il avait tué, mais, là aussi, il affichait une imperturbable morgue.</span></cite></span></p>
<h6><span style="font-family: 'book antiqua', palatino;"><span style="font-family: helvetica;">(© DR – Éditions Gallimard pour l&#8217;édition française et la traduction)</span></span></h6>
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