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	<title>Dispatch/Box &#187; William Allen</title>
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	<description>“Non cogitant, ergo non sunt&#34; (Lichtenberg)</description>
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		<title>Chic n&#8217;est pas disco !</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Sep 2009 12:37:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jeremy Jeanguenin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<a href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2009/09/03/chic-nest-pas-disco/"><img align="right" hspace="5" width="50" height="50" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/chic_chic_101b-150x150.jpg" class="alignright wp-post-image tfe" alt="Chic (1977)" title="Chic 1977" /></a>Non, Chic est tout sauf disco. Chic, syncrétisme de ce que devrait toujours être la musique de danse : intégralement jouée par des musiciens au style forgé par la connaissance des racines de la musique noire, instinctive. Ce ne sont pas non plus les saccades fadasses d’un Giorgio Moroder, qui n’ont d’égal que la vulgarité [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Non, Chic est tout sauf disco. Chic, syncrétisme de ce que devrait toujours être la musique de danse : intégralement jouée par des musiciens au style forgé par la connaissance des racines de la musique noire, instinctive. Ce ne sont pas non plus les saccades fadasses d’un Giorgio Moroder, qui n’ont d’égal que la vulgarité des nightclubs et émissions de variétés qui ont fait leur succès, ni même les pompes niaiseuses de Santa Esmeralda (et leur reprise bien connue d&#8217;un titre autrefois interprété par Nina Simone et signé Bennie Benjamin, Gloria Caldwell et Sol Marcus : <em>Don’t let me be misunderstood</em>).</p>
<p>Oubliez tout de suite <em>Le Freak</em> comme inévitable avatar du tube noyé dans les immondices d’une énième compil’ à la noix. Ce sont les albums entiers de Chic qu’il faut aller dénicher, surtout bien les dépoussiérer ; le saphir n’a pas besoin d’itinéraire bis : les sillons sont d’une glaise funky solide !</p>
<p>S’il est vrai que Chic est une véritable machine de guerre de l’industrie de la musique dansante – comme le prouve l’existence de la maison de production de Nile Rodgers et Bernard Edwards &laquo;&nbsp;The Chic Organization Ltd&nbsp;&raquo; –, les bases du groupes sont profondément soul et funk. Ces deux musiciens venus tout droit du jazz vont changer irrémédiablement la vision de la rythmique funk par une cosmogonie de staccatos (?) et de syncopes, tout en montrant que la musique dansante peut être (et doit l’être) faite par des musiciens : point de synthétiseur pour émuler la basse, ici les lignes pures et fracassantes viennent de la basse <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Music_Man_StingRay_bass">Music Man modèle StingRay</a> de Bernard Edwards (instrument au son très moderne en 1978, qui fera des émules : Nate Watts chez Stevie Wonder, John Deacon chez Queen), et la frénétique rythmique du poignet possédé de Nile Rodgers ( sorte de rythmique reggae sous ecstasy, inspirée par le guitariste de KC &amp; The Sunshine Band, Jerome Smith) envoie de la cocotte funky à souhait (le récent duo The Ting-Tings, quoiqu’ assez pauvre musicalement, semble bien avoir assimilé les leçons de Chic, avec le riff de <em>Shut up and let me go</em>, succès radio de la génération iPod qui singe à la mesure près le <em>Good Times </em>de Chic).</p>
<p>Le chœurs et voix féminins sont à l’honneur dans ce groupe mixte que le satin et le groove réunissent. Classes mais jamais ridicules, chez Chic, on n’est pas chez ces clowns de chanteurs français de supérette (suivez mon regard).</p>
<p>Bref, je recommande l’écoute de <em>C’est Chic</em> (1978) et <em>Risqué</em> (1979) ainsi que <em>Chic</em>. Oubliez les best-of qui vous coupent les interludes instrumentaux majestueux (sur I Want Your Love, écoutez <span style="text-decoration: line-through;">le vrai </span><span style="text-decoration: line-through;">glockenspiel</span> d&#8217;authentiques cloches qui jouent la ligne mélodique, de vraies cordes, du Fender Rhodes), ou pire qui remixent sans vergogne avec moult séquences synthétiques (une orientation instrumentale qui fut hélas entièrement cautionnée et assumée par Rodgers et Edwards quand Chic fit son come-back poussif en 1992, sauce dance music). Privilégiez donc les compositions originales, sans coupes claires, dans leur contexte album.</p>
<p>Hélas, lors d’un concert donné au Budokan de Tokyo en 1996, Bernard Edwards se sent mal, très mal. <em>« I got the Tokyo flu »</em> (j’ai la fièvre de Tokyo) lance-t-il à l’auditoire, égaré , blême et effectivement en proie à une fièvre qui le contraint à s’asseoir au milieu du concert. Le grand Bernard Edwards, qui à mon sens marque autant la basse moderne et épurée que Jaco Pastorius ou Stanley Clarke marquent l’approche complexe, savante et baroque, meurt d’une pneumonie foudroyante dans sa chambre d’hôtel de Tokyo, quelques heures après le concert.</p>
<p>Tony Thompson, batteur du groupe (fait moins connu, c’est passé assez inaperçu dans les médias) lui aussi a rejoint les cieux de la soul et du funk en novembre 2003.</p>
<p>Chic fut aussi tellement mainstream qu’elle embarqua de nombreux groupes à tenter d’approcher leur sens du rythme : Queen fit date avec son <em>Another One Bites the Dust</em>, Bowie les exigea pour son <em>Let’s Dance</em> (ça vieillit déjà mal), mais aussi le producteur canadien Bob Ezrin, lors de l’enregistrement du (trop ?) mythique <em>The Wall </em>du Pink Floyd, qui voulut mâtiner <em>Another Brick in the Wall – Part II</em> de cette sauce Chic. Roger Waters en fut dépité, il aurait souhaité, au même titre que David Gilmour, éviter ce qu&#8217;il jugeait comme une concession à l’air du temps. Sans surprise, ce titre, de facture somme toute assez médiocre pour le Floyd, est sans conteste un des seuls titres connu du « très grand public », qui en général ne va pas chercher au-dela de cette gigue monocorde anti-tories, qui évite la catastrophe sonore grâce à l’intervention d’un solo éthéré de Gilmour et les cris des écoliers.</p>
<p>Avec de nouveaux musiciens et le clinquant qui caractérise sa formation, le Chic de Nile Rodgers a repris la route des festivals (Montreux 2005), pour le meilleur et pour le pire.</p>
<p>Ainsi, « c’est chic » !</p>
<div id="attachment_875" class="wp-caption aligncenter" style="width: 361px"><a rel="attachment wp-att-875" href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2009/09/03/chic-nest-pas-disco/chic_chic_101b/"><img class="size-full wp-image-875" title="Chic 1977" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/chic_chic_101b.jpg" alt="Chic (1977)" width="351" height="348" /></a><p class="wp-caption-text">Chic (1977)</p></div>
<div id="attachment_876" class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><a rel="attachment wp-att-876" href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2009/09/03/chic-nest-pas-disco/b673c6da8da088d028db0110-l/"><img class="size-full wp-image-876" title="C'est Chic" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/b673c6da8da088d028db0110.L.jpg" alt="C'est Chic (1978)" width="400" height="400" /></a><p class="wp-caption-text">C&#39;est Chic (1978)</p></div>
<div id="attachment_877" class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><a rel="attachment wp-att-877" href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2009/09/03/chic-nest-pas-disco/risque/"><img class="size-full wp-image-877" title="risque" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/risque.jpg" alt="Risqué (1979)" width="400" height="400" /></a><p class="wp-caption-text">Risqué (1979)</p></div>
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		<title>Anatomie de la composition : Roy Ayers</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Aug 2009 09:53:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jeremy Jeanguenin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<a href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2009/08/24/anatomie-de-la-composition-roy-ayers/"><img align="right" hspace="5" width="50" height="50" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/royayers-150x150.jpg" class="alignright wp-post-image tfe" alt="royayers" title="royayers" /></a>Au milieu des années 70, le vibraphoniste et leader Roy Ayers se retrancha de la communauté du jazz, ce qu’il en restait fut considérablement amoindri par son passage d’un funk mâtiné de fusion à la disco. Tandis que 1976 voyait naître son plus grand succès, l’intemporel Everybody loves the sunshine, Ayers avait conscience qu’il lui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au milieu des années 70, le vibraphoniste et leader Roy Ayers se retrancha de la communauté du jazz, ce qu’il en restait fut considérablement amoindri par son passage d’un funk mâtiné de fusion à la disco. Tandis que 1976 voyait naître son plus grand succès, l’intemporel <em>Everybody loves the sunshine</em>, Ayers avait conscience qu’il lui fallait enchaîner pour entretenir la magie. Il dirigea son regard, déterminé, vers les foules disco, et fit date avec <em>Running Away</em>, un gros tube de <em>dancefloor </em>qui s’avéra être un des simples les plus populaires de sa carrière. Las, l’album qui suivait et comprenait cette composition, le quasi-inoubliable <em>Lifeline</em> (1977), était loin de jouer dans la même catégorie que celui-ci ; Ayers prit les devants pour bûcher sur son prochain tube <em>dancefloor </em>de 1978, <em>Sweet Tears</em>. Concernant les familiers de la version tronquée de <em>Running Away</em> sur l’album<em> Lifeline</em>, ils n’ont eu que la moitié de ce morceau de choix : la version &laquo;&nbsp;extended 12’’&nbsp;&raquo; est simplement une des plus prodigieuses composition musicale jamais enregistrée.</p>
<p><a rel="attachment wp-att-782" href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2009/08/24/anatomie-de-la-composition-roy-ayers/royayers/"><img class="aligncenter size-full wp-image-782" title="royayers" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/royayers.jpg" alt="royayers" width="400" height="188" /></a></p>
<p>Le morceau commence avec un roulement d’une mesure exécuté par le batteur John Mosley, avant de s’immerger dans le groove qui fournira le socle à tous les autres éléments de l’arrangement ; en effet, celui-ci reste immuable pendant la totalité des 7 minutes que dure la composition. Instantanément, on est saisi par la plus gravement funky des lignes de basses jamais gravées, une double mesure voltigeuse envoyée par le bassiste William Allen bien plus difficile à exécuter qu’elle ne le semble :</p>
<p><a rel="attachment wp-att-773" href="http://www.dispatchbox.org/index.php/2009/08/24/anatomie-de-la-composition-roy-ayers/runningawaybass/"><img class="aligncenter size-full wp-image-773" title="runningawaybass" src="http://www.dispatchbox.org/wp-content/runningawaybass.jpg" alt="runningawaybass" width="400" height="68" /></a></p>
<p>Allen martèle une fondamentale en Mi bémol sur le contretemps pour bondir sur la dixième diminuée qui catapulte l’agile démanché vers un La bémol sur la mesure suivante. Il réalise un saut d’octave pour la fioriture, anticipant le timide  Si bémol derrière le troisième temps. Il est difficile de se représenter que, en dépit de cette effervescence et de ces syncopes, Allen brode sur une progression d’accords dépouillée I-IV-V. Le son de sa basse est là aussi crucial que la ligne qu&#8217;elle exécute : un grognement intimidant, juste un soupçon de rugosité, en évitant de tomber dans une surenchère aiguë qui saperait les graves de la seconde mesure. Ce mouvement est répété, sans quelconques roulements ni variations, tout au long du morceau. De ma vie, j’en ai entendu des partitions de lignes de basses monstrueuses, mais celle-ci tient le haut du pavé dans mes favorites. Elle est absolument, incroyablement somptueuse.</p>
<p>Grâce à cette basse affairée, les autres membres de la section rythmique sont voient leur charge allégée pour lui venir en renfort. Le motif de batterie est une pulsation disco rudimentaire, avec de légères variations sur la caisse claire et le charleston, tandis que la guitare est réduite à gratter une série d’accords simplistes, une pédale wah wah suppléant à sa fluidité. Un motif de conga est tout aussi perceptible dans le canal droit, touche latino rafraîchissante qui stimule considérablement la composition.</p>
<p>Passées les quatre mesures qui posent les fondations du groove, les premières des nombreuses incantations vocales entrent dans la danse, au son du mantra : <em>« Do-be-doo, run run run »</em>. Surviennent les battements de mains sur les deuxième et quatrième temps, qui rehaussent le rythme d’une allégresse étonnante. Les premières paroles arrivent à 0:44s, exprimées par un chœur à dominante féminine, décrivant une relation à sens unique : <em>« Cause you’ve been mean to me, and I’ve been good to you, and I’ve been oh so true. » </em>La portée des mots est subsidiaire à leur cadence, à la manière dont les syllabes plongent dans le groove en un maelstrom polyrythmique. Ayers commence à chanter à 1:33s, excepté le cycle de silence toutes les deux mesures qui expriment l’impression de pensées confuses et incomplètes, celles d’un homme incapable de comprendre les raisons d’une relation qui bat de l’aile. À 2:24s, le refrain revient, Ayers, endeuillé chante en arrière-plan <em>« I’m running away »</em>.</p>
<p>La plus notable des différences entre la version album et la version club [<em>i.e.</em>, la "extended 12’’", NdT] intervient à 2:48s, où le fondu de l&#8217;album est supposé commencer. La guitare se fait muette et laisse entrer un Fender Rhodes chatoyant, agrémenté d&#8217;une bonne dose de tremolo, pour une séquence de splendides accords moins enclins à la teneur harmonique qu&#8217;à de grands éclats de couleurs ajoutés au mix. Ayers entame son solo de vibraphone à 3:20s, bien que d&#8217;indolent au premier abord, il affirme alors sa confiance et sa versatilité. À 4:20s, la guitare revient, et le soubresaut fait réaliser la mesure de son rôle à l&#8217;aune de son absence. Les voix se superposent alors les unes sur les autres pour parvenir à un extatique climax, une enchevêtrement dense de <em>“doo-be-doo”</em>s, <em>“running away,”</em> et <em>“hey!”</em> qui ricochent et se font écho, s&#8217;exaltant à mesure qu&#8217;elles se recouvrent.</p>
<p>Tandis que le morceau s&#8217;achève sans même crier gare, sa puissance déployée, chacun sera pardonné s&#8217;il ramène le saphir sur le bord du vinyle pour se remettre à danser, à nouveau.</p>
<p><strong>“Running Away (12” Version)” – Roy Ayers</strong> 6:58 (<em>Lifeline</em>, Polydor 1977)</p>
<p><strong><em> Cet article a paru le 13 mai 2007 sur le blog de Ben Leonard, floodwatchmusic.com, qui m&#8217;a cordialement autorisé à le traduire et à le publier (et que je remercie ici) : </em><em><a href="http://floodwatchmusic.com/2007/05/autopsy-of-a-song-roy-ayers/">http://floodwatchmusic.com/2007/05/autopsy-of-a-song-roy-ayers/</a></em></strong></p>
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