Dispatch/Box
“Non cogitant, ergo non sunt" (Lichtenberg)
L’Homme à tête de chou

Par Jeremy Jeanguenin

Homme à tête de chouCe 27 novembre 2009 avait lieu au Théâtre du Rond-Point la première de L’Homme à tête de chou, ballet illustrant la bande sonore du chef d’œuvre de Gainsbourg publié en 1976 et révisité pour l’occasion par le tout aussi regretté Alain Bashung.

Petit préalable, ce billet ne prétend pas critiquer d’une quelconque hauteur, étant donné ma culture insuffisante en danse moderne. Je m’en tiendrai à l’observation d’une gestuelle scénique chorégraphiée par Jean-Claude Gallotta et synchronisée au livret de Gainsbourg : le spectacle ne contient en effet aucun passage parlé par les acteurs/danseurs.

La pièce s’ouvre sur le fauteuil de la shampouineuse fantasmée par Gainsbourg, Marilou. Bashung balance, sans surprise d’arrangement mais avec sobriété, l’ouverture, L’Homme à tête de chou, bien sûr. Quelques altérations du texte ici et là (les « sècheuzomintol » deviennent des « sèchomenthol », « festival à Woodstock » : « festival de Woodstock », et Levi’s est indifféremment prononcé « Lewis »…).
La basse syncopée-pantelante-psychédélique semble rescapée de l’époque Melody Nelson, quoique plus en retrait mais tout aussi abyssale, les guitares saturées mènent cette danse où le stupre s’acoquine du vertige provoqué par la jeune shampouineuse sur l’ »abominable bouc ». Thème gainsbourien par excellence, la Lolita de Nabokov, la « femme fatale » comme la chantaient Nico et le Velvet Underground (et Lou Reed, à qui le compositeur français – qui le cite dans cet opus –  emprunte une certaine forme de dédain musical et partage le sens du sarcasme).

La crudité, le talkover, échappent toujours ou presque à la vulgarité… Grâce une forme d’humour. Et l’on a justement l’impression que la part d’humour, parfois aux limites de la gauloiserie (comble pour un fumeur de Gitanes) [..."Elle était entre deux macaques, Du genre festival à Woodstock/Semblait une guitare rock à deux jacks/L'un a son trou d'obus, l'autre a son trou de balle/ crack !/Hey Doc, qui moi? paranoïaque?"...], est absente de cette chorégraphie où le geste de Marilou, main portée à la braguette masculine d’un blue-jeans est un leitmotiv. Pourtant, l’énergie psychédélique de cette troupe en paires de Levi’s n’est pas sans déplaire. Mais, dirons-nous, on s’en tient là. Pourtant, au pays d’Alice, que de malice à faire déborder, exploser, bien au-delà de la parabole coïtale. Certes, rien ne laissait présager une révolution de la danse, nul d’ailleurs n’y aurait pu prétendre ; on n’est pas venu voir Pina Bausch ou Israël Galvan (pas plus d’ailleurs que la musique de Gainsbourg ne fut révolutionnaire : elle sublimait des genres et des thèmes anciens, mais n’inventait guère de formes nouvelles – à l’exception du « concept album » à la française).

Le spectacle est dynamique, la danse suit de très (trop?) près la pulsation rock psyché hypnotique, le moment le plus exaltant fut lorsque Bashung entama les Variations sur Marilou ["dans son regard absent et son iris absinthe/Tandis que Marilou s'amuse à faire des vol/Utes de sèches au menthol/Entre deux bulles de comic-strip/Tout en jouant avec le zip/De ses Levi's/Je lis le vice/Et je pense à Caroll Lewis."], la troupe du CCN de Grenoble se laissa aller à la lascivité.

Un spectacle réjouissant, mais sans surprises.

Related Posts with Thumbnails
Share and Enjoy:
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • RSS
  • Twitter
  • Wikio FR
  • Netvibes

1 Comment to “L’Homme à tête de chou”

  1. Law dit :

    Deux semaines d’attente entre deux posts. C’est bien trop long :)

Leave a Reply