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“Non cogitant, ergo non sunt" (Lichtenberg)
Autour du cinéma de Guy Debord
Categories: Cinéma, Guy Debord

Par Jeremy Jeanguenin

Le cinéma L’Écran à Saint-Denis propose chaque année un cycle thématique lors de ses « journées dyonisiennes » (cette année 2009, « Black Revolution » était le thème retenu).

En 2007, « Media Crisis », clin d’œil non dissimulé au livre de Peter Watkins accueillait, entre autres manifestations, une journée consacrée aux films de Guy Debord ainsi qu’une table ronde fort réussie, animée par Shigenobu Gonzalvez (auteur), avec Boris Donné (universitaire et essayiste), Marc’O (réalisateur, écrivain, chercheur, et producteur, entre autres, du Traité de Bave d’Isidore Isou), Jean-Pierre Rhem (directeur du Festival International de Documentaire Marseille), Jean-Pierre Bouyxou (réalisateur, journaliste, critique – la liste de ses films contient notamment de quelques pornos, ou « anti-pornos », de son propre aveu).

La table ronde est précédée d’une introduction par Jean-Pierre Rehm au film de Guy Debord In girum imus nocte et consumimur igni (1978).

Pour écouter l’enregistrement, suivre le lien : Media Crisis – Le cinéma de Guy Debord

Remerciements à Shigenobu qui a promptement retrouvé l’archive du débat.

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12 Comments to “Autour du cinéma de Guy Debord”

  1. Anita dit :

    Document franchement pesant à écouter – tous ces cuistres si satisfaits d’eux-mêmes, quel bla-bla ! Je suis sûre que Guy Debord les aurait vomis !
    Une précision tout de même, vous présentez Marc’O comme « réalisateur» (?) du « Traité de bave et d’éternité » d’Isidore Isou. Non, il n’en a été que le producteur, sous son nom : Marc-Gilbert Guillaumin.

  2. Encore une approximation de ma part, que je vais corriger. Merci.

    En effet, on peut lire dans C. Bourseiller, Vie et Mort de Guy Debord (Pocket, 2001), chap. « Sans caméra ni pellicule »; p.55-56 :

     » [...]Une légende colportée par les dévôts prétend d’ailleurs que le film a été réalisé en sept jours au printemps 1951, le dernier ayant servi au repos. En réalité, le Traité de bave est fabriqué entre le 15 août 1950 et le 23 mai 1951. Le film dure une heure quarante cinq minutes. Tourné en 16 millimètres noir et blanc, il est produit par Marc’O. Nat. Saufer en est le chef-opérateur. Le montage des images est effectué par Suzanne Cabon, qu’assiste parfois Maurice Lemaître. Marcel Ormancey et Jacques Boutiron capturent le son, tandis que Daniel Garrigue signe la musique. [...] »

    Pour ce qui est de votre remarque sur la table ronde, au milieu de ces « cuistres » comme vous les qualifiez (même si je pense sincèrement qu’il y a bien plus déplorable dans les derniers colloques ou conférences autour de Debord : voir le Collège international de philosophie), la question n’est pas de savoir si Debord les aurait adoubés ou non. Pourquoi analyser systématiquement la critique – dans sa plus large définition – Debordienne au spectre du mépris Debordien ? Comme le dit l’amer Guégan « Debord est mort! ».

    J’ajoute que le témoignage de Marc’O et la présence tout aussi importante de Bouyxou font prendre une dimension inhabituelle à une manifestation, faut-il le rappeler, modeste. Quant à Boris Donné, je continue de penser que son élucidation des Mémoires est ce que l’on a fait de mieux.

    Mais chacun a son avis sur la question : peut-être avez-vous connaissance d’autres colloques moins « cuistres »?
    En tout cas, vos précisions sont toujours bienvenues.

  3. Anita dit :

    Qu’il y ait plus déplorable que cette table ronde, je m’en doute et il est aisé de le constater. Mais vous allez encore chercher vos références chez les auteurs médiocres, ici le trivial Bourseiller. Il vaut mieux visionner le film «Traité de bave et d’éternité» réédité en 2008 et en DVD par re:voir !
    Quant à l’importance de Marc’O, elle a disparu vers 1952 avec le «Soulèvement de la jeunesse», mais c’est une autre histoire…
    Boris Donné sur «Mémoires» ? travail archéologique intéressant limité cependant par une vision assez universitaire de son objet. Son travail avec Apostolidès sur Ivan Chchteglov est, lui, assez pénible à lire : trop d’opinions personnelles non étayées, données comme des certitudes (et toujours Guy Debord présenté comme assoiffé de pouvoir : ridicule !).

  4. Shige dit :

    Madame,

    Je me permets d’intervenir puisque je me vois traité de cuistre dans un commentaire trop lapidaire pour être honnête. Vous auriez fait l’effort d’écouter cette archive attentivement, vous auriez peut-être été sensible à ce que j’ai dit en introduction, en tant que modérateur. Il me semblait absolument nécessaire de ne pas distinguer celles et ceux qui se trouvaient dans la salle de la poignée d’intervenants que nous étions. J’ai précisé que de grands connaisseurs de ces questions figuraient dans le public et que je me refusais de créer une hiérarchie, un fossé, forcément infondés. À l’exception de Marc’O, témoin exceptionnel de ces évènements, nos positions étaient interchangeables, et j’aurais pu choisir parmi les auditeurs des intervenants au moins aussi cuistres que ceux qui péroraient devant les micros.

    Je voudrais prendre la défense de Boris Donné – dit ainsi, la proposition m’étonne ; comme si ce jeune homme avait besoin de l’être. Vous le réduisez à sa fonction universitaire et, à vous lire, c’est comme une infamie ! Inversons les choses : si tous les universitaires de Phrance avaient son immense talent et ses très grandes connaissances, ses capacités analytiques et sa sensibilité, son don pour l’écriture et ses aptitudes didactiques, eh bien, nous nous prosternerions, vous et moi, devant le Génie universitaire français ! Ayant travaillé des années sur les situationnistes et publié à ce sujet, la seule chose que je puis avancer avec certitude, c’est que son essai sur Mémoires fait l’unanimité, tant chez les cuistres de mon espèce que chez les situationnistes et les lettristes avec qui j’en ai discuté.

    Concernant Chtcheglov, vous savez pertinemment que nous ignorions absolument tout de lui avant les deux ouvrages de Boris Donné et Jean-Marie Apostolidès. Mais peut-être vous rangez-vous parmi ceux qui, suivant le très fantaisiste Kaufmann, les considèrent comme les Dupont-Dupond de ce secteur ? Ceci expliquerait cela.

    Enfin, Madame, je ne saurais achever ce commentaire sans vous rassurer pleinement : Debord m’a vomi (ou presque). C’était au début des années quatre-vingt-dix, et il en reste la trace dans un des volumes de sa correspondance parue chez le marchand d’armes Fayard – on a l’éditeur que l’on mérite, mais ce choix devait être un exact hommage à son Kriegspiel. J’ai découvert cela un peu amusé, et aussi ennuyé par les coups de ciseaux de la veuve abusive portés dans le témoignage de Pauvert (donné en note) ; j’avais le souvenir que nous nous étions assez bien entendu.

    Je vais vous étonner : je ne m’en porte pas plus mal. Au reste, je préfère ma position actuelle à celle, peu enviable, de Debord sur la fin de sa vie. Outre qu’il faisait sous lui, le pauvre homme n’avait plus toute sa tête.

    Veuillez agréer mes hommages les meilleurs.

    Shige Gonzalvez

  5. Anita dit :

    Bon, je parle de cuistres et tout de suite vous tenez mon commentaire comme « trop lapidaire pour être honnête ». Je tiens effectivement pour cuistres tous les besogneux qui parlent « autour » de Debord pour en dire des banalités ; ce faisant, ils parlent plus d’eux-mêmes que du sujet sur lequel ils prétendent s’exprimer. Mais enfin, puisque vous êtes satisfait de vous-même, je vous laisse à cette satisfaction…

    Vous avez « travaillé des années sur les situationnistes et publié à ce sujet », mais je n’ai pas le souvenir que votre ouvrage, dans ces deux éditions, m’ait laissé un souvenir marquant, vous m’en voyez confuse. Pour moi, votre livre reste un ouvrage de second rang, et maintenant obsolète, désolée.

    N’ayant pas de goût pour la prosternation, vous ne me convainquez guère du génie de Boris Donné, serait-il devenu l’exemple de ce qu’il faudrait faire dans l’université française – depuis longtemps en décomposition avancée. Je trouve son travail archéologique intéressant mais limité, voilà tout…

    Quant aux deux ouvrages sur Chtcheglov, je trouve très pénibles les commentaires psychologisants qui émaillent les propos des deux auteurs. Il faut avoir du génie pour parler d’un génie ; à défaut, il faut savoir donner les textes et se garder d’asséner ses commentaires.

    Je n’ai pas saisi de quoi exactement vous parlez dans votre avant-dernier paragraphe, bien trop elliptique…

    Je vous trouve vulgaire lorsque vous comparez votre « position actuelle à celle, peu enviable, de Debord sur la fin de sa vie ». Qu’avez-vous donc fait de votre vie, à votre âge ?

    Je préfère passer sur votre dernière phrase, elle ne vous fait pas honneur et me dégoûte.

  6. Anita dit :

    @ Jeremy Jeanguenin

    Votre ami Shigenobu m’a heurtée par certains de ces propos, assez nauséabonds, notamment sur les dernières années de la vie de Guy Debord – dont il ne fut nullement témoin car, comme il le dit, Debord l’a vomi (ou presque) au début des années 90 – mais faut-il qu’il le haïsse pour l’évoquer ainsi !

    Il pratique aussi un raccourci peu pertinent en parlant de la « correspondance parue chez le marchand d’armes Fayard ». Alors, chaque matin dans les gares, les milliers de gens achetant un journal dans les relais H seraient des trafiquants d’armes ou complices de ce trafic ?

    Il ajoute aussi, « concernant Chtcheglov, vous savez pertinemment que nous ignorions absolument tout de lui avant les deux ouvrages de Boris Donné et Jean-Marie Apostolidès », ce qui est loin d’être exact : Donné et Apostolidès ne sont pas les découvreurs de Chtcheglov et ils n’en auraient jamais rien su sans les multiples évocations qu’en a fait Debord (je ne les citerai pas toutes ici).

    Mais laissons cela. Il me semble que je vous dois une explication à propos de ma critique du livre de Boris Donné (“Pour Mémoires”) que vous semblez particulièrement apprécier. Quand je dis que c’est un travail archéologique intéressant, limité cependant par une vision assez universitaire de son objet, je critique en fait la conception que Donné a du détournement, thème central de l’ouvrage. Il a tendance à considérer que le détournement d’un auteur est un hommage envers celui-ci (ou une dette ou une reconnaissance ou une influence, comme on voudra). Cette conception qui court tout au long de son livre saute aux yeux notamment quand il parle de Sartre (p.126-129) dont on peut penser qu’il a une grande importance pour Donné. Et c’est là ce me semble les limites de Donné qui comme tout bon universitaire doit rendre hommage à ses maîtres au cours de sa carrière. Mais justement, Debord n’a aucunement cette conception du détournement comme hommage (ou dette ou reconnaissance ou influence, comme on voudra). Il fait de toute lecture son miel et dans le cas précis de Sartre, à propos du mythe d’Ivitch, il écrit à Hervé Falcou en avril 1951 : « Lis au plus vite “L’Age de raison” (je me fous de Sartre) et tâche de comprendre le mythe Ivitch qui s’exprime assez clairement dans ce livre, mythe que j’ai peut-être fait tout seul (je me fous de Sartre) mais je m’y retrouve. »

  7. Allons, chacun exprimé son point de vue. Je n’ai censuré aucun des commentaires. Si Shigenobu (à le relire, je ne vois pas vraiment d’insulte) a envie d’écorner le mythe, il en est libre ; et j’avoue ne pas saisir en quoi son propos pourrait vous toucher si profondément.

    Cet enregistrement est simplement un document auquel j’ai souhaité donner un peu de visibilité (il me semblait assez difficile à retrouver sur la toile) : c’est à chacun d’en juger et d’en faire ce qu’il veut.

  8. Joss dit :

    Ci-après la lettre de Guy Debord à Jean-Jacques Pauvert dans laquelle il est question de Shigenobu Gonzalvez (« Correspondance », Guy Debord volume 7 p. 436). Cela pour qu’Anita comprenne ce dont le Shige voulait lui parler.

    Lundi 25 octobre 93

    Cher Jean-Jacques,

    Suite à la discussion que nous avions hier, je propose d’appeler «Protocole de Champot» tout ce qui sera à conclure de nos considérations autour des projets plus ou moins helvétiques (1) d’édition future. On peut abréger dans le simple terme de «protocolaire». Ainsi se forment les plus utiles jargons.

    Je n’ai pas pensé à vous dire que les deux jeunes gens dont vous m’aviez parlé (ambitionnant de réaliser je ne sais quel film) (2) m’avaient finalement écrit. Je ne leur ai rien répondu; et je ne vois absolument rien à encourager dans leur projet.

    La sorte d’historienne qui paraît beaucoup tenir à réaliser une œuvre télévisuelle «sur mon art et mon temps», depuis moins d’un an a multiplié les garanties et promesses – probablement fallacieuses –, et en tout cas m’a donné l’occasion de me montrer insultant ou dédaigneux déjà avec deux chaînes précises (Canal plus et Arte). Tout cela peut donner d’assez bonnes bases pour un mûrissement ultérieur.

    Au contraire, les deux lascars en question se sont tranquillement bornés à me faire part de leurs bonnes intentions obscures, comme si je devais m’en montrer ravi. S’ils essaient encore de vous approcher, ne leur cachez pas mon complet manque d’intérêt à leur propos.

    Amitiés,
    Guy

    1. Pour désigner le mode de paiement.

    2. «Sur Guy Debord [...] le meneur du tandem s’appelle Gonsalvès [...] et déclare avant tout ne vouloir en rien déplaire à Monsieur Debord.»

  9. Anita dit :

    @ Joss

    Merci ! C’est toujours un plaisir de lire Debord et voyez comme en quelques mots il expédie les deux lascars. Le grand style – et pour quelqu’un qui selon certains n’aurait plus eu toute sa tête, c’est tapé !

    J’étais intriguée par les propos de Shigenobu Gonsalvès (la graphie Gonzalvez doit être une coquetterie) mais maintenant je comprends mieux son amertume. Lui qui pensait s’être bien entendu avec Pauvert, se fait jeter en 93 par Guy Debord et quatre ans plus tard, en 97, de nouveau mais cette fois-là par Alice Debord. Ça fait beaucoup pour un seul homme.

    En décembre 1998, Luc Mercier, dans son « Apostrophe à l’auteur de “Guy Debord ou la beauté du négatif” », rappelait l’anecdote : « Vous attaquez Alice Debord. On ne pourrait que se réjouir d’une soudaine indépendance d’esprit, si ces attaques n’étaient totalement imbéciles, et je n’oublie pas non plus que vous avez proposé votre texte à Patrick Mosconi et que ce n’est qu’après son refus que vous avez mis au point vos “critiques” de l’ayant droit. »

    Quel cinéma autour de Guy Debord !

  10. Dédé-les-Amourettes dit :

    « Quand vous vous rencontriez du temps de Champ Libre, avez-vous prêté attention à ses mains ? Non ? Eh bien, c’était de toutes petites mains. Des mains de bébé qui ne m’ont jamais paru être en mesure de manier les armes dont il parsemait ses films. »

    Annie Le Brun à Gérard Guégan (in « Ascendant Sagittaire » Parenthèses, 2001).

  11. Anita dit :

    @ Dédé-les-Amourettes
    Une référence ! Guégan, dont la carrière a suscité la plus grande admiration : il chronique à présent dans le journal Sud-Ouest au grand ébahissement de ses lecteurs. Là, le témoin haineux que vous choisissez est encore d’un niveau plus bas que Bourseiller (ce qui est peu dire) mais jusqu’où irez-vous ?

  12. Joss dit :

    Pour ceux que la description des « toutes petites mains » de Debord surprendraient, qu’ils aillent voir sur le blog du Jura libertaire une photo prise en juillet 1957 à Cosio di Arroscia lors de la fondation de l’I.S., on y voit Debord et sa main gauche : rien que de très commun.
    En revanche, ce qui l’est moins, c’est la pertinence de la citation choisie : très en deçà de toute critique, il y a de quoi décourager n’importe quelle discussion sensée…

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