Nous avons notre grand reliquat graphique colonialiste sur les boîtes de cacao en poudre Banania, en Allemagne c’est le café Kolanda qui reprend cet avatar. J’ai pris cette photo hier dans les rues de Freiburg-im-Breisgau, dans la région frontalière badoise.
En France, le tirailleur sénégalais avait d’abord été illustré sous la plume de Giacomo de Andreis vers 1915, assorti d’un slogan caricatural : « Y’a Bon! ».

Plus récemment, le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), intransigeant, décidait d’attaquer le groupe alimentaire qui détient la marque Banania, à propos de la commercialisation de produits dérivés affichant le slogan »Y’a Bon! ». Le groupe Nutrimaine a obtenu le maintien de la vente de ces produits.
En effet, le slogan souligne le côté stéréotypé raciste, qui voudrait que les noirs rient en permanence, gloussent un sabir qui fait rire l’européen (à la façon du cliché Toi Mourir de Gainsbourg : « Toi moi donner parole/Que rhum agricole/Ya bon bwana j’ai bu/Toi mourir » ; ne nous méprenons pas, ce ton parodique est évidemment tout aussi sarcastique et met le colonisé dans une situation d’impitoyable vengeance, comme le traduit le titre), et soient représentés en chair à canon de première ligne de « nos grandes armées conquérantes ». Mais c’est ainsi, oui notre mémoire de l’affiche témoigne de l’esprit ouvertement moqueur envers les africains serviteurs : devons-nous pour autant censurer les affiches originales de Banania, comme nous avons vu récemment disparaître la pipe de Jacques Tati ? Faut-il sacrifier sur l’autel du politiquement correct la triste réalité des perceptions sociales et ethniques d’une époque ?


