Projos, les musicos traversent la scène fraîchement laissée par le duo Pura Fé (remarquable) pour accorder leurs instruments (contrebasse, basse Fender et guitares).
« On l’attendait depuis quatre ans en France, le voilà, Herbie Hancock! » déclamait l’organisateur aux Ray-Ban avec cette expression de vieux briscard de la musique en manque de crédit qui le ferait passer pour un Philippe Manœuvre du jazz.
Le voilà, il salue la France, il fait beau, lunettes noires et chemise fleurie chamarrée. Il nous présente les musiciens qu’il a emporté dans ses valises, de sacrées pointures :
Dave Holland (basse et contrebasse, il s’est fait une réputation en rejoignant Miles Davis vers 1969, alors que Ron Carter refusait de tenir la basse électrique)
Vinnie Colauita (batterie…lourde!!! Plus connu pour ses accointances avec des musiciens pop comme Sting)
Lionel Loueke (guitares, guitare Godin à bandeau de papier, chœurs et chant traditionnel du Bénin)
Chris Potter (Sax tenor)
Sonya Kitchell et Amy Keys (chant et chœurs, le côté easy listening de l’affaire)
La prestation est sobre, sachant que Herbie nous la joue un peu à la Santana : pour plaire au plus grand nombre (et vendre un peu plus, certainement), il a insufflé à son répertoire quelques reprises pop/blues (BB King et U2 « Love comes to town », Christina Aguilera…) avec des choristes toutes en formes (heureusement, elles n’occuperont la scène que pour une minorité de titres).
La fin du concert nous a donné un magnifique rappel avec Chameleon, au cours duquel le maître en personne s’en est donné à cœur-joie, torpillant, canardant ses musiciens à grands coups de cet instrument qu’on croyait voué seulement à la variété pour enfants : le synthétiseur guitare!
Ça tape fort chez Vinnie (souvenons-nous, à 22 ans il échauffait ses fûts pour Frank Zappa; après vingt ans avec Sting, il met à contribution son jeu barbare aux côtés de Megadeth!), Chris Potter fait gravement « suinter son sax » comme dirait Gainsbourg (Herbie a gagné son duel de chorus malgré tout), en revanche Dave Holland rivalise de soli contre le maître avec un incroyable sens du groove et de l’improvisation sur sa basse Fender!
Voilà, donc une prestation sans grande surprise, très calibrée, mais le beau temps aura rendu l’événement et l’écoute agréables (malgré un léger vent qui aura causé un petit envol de partitions!)
Dernier rappel, le public applaudit une dernière fois, la foule se dissipe, laissant place à un véritable champ de guerre gastronomique : cartons McDonald’s, gobelets, canettes…
